Rapport « Mission Territoires et Réussite » : En marche vers la territorialisation de l’éducation nationale et de l’éducation prioritaire.

 

Le 5 novembre 2019, Ariane Azéma, inspectrice générale de l’éducation nationale, du sport et de la recherche et Pierre Mathiot, professeur des universités, directeur de Sciences Po Lille ont remis à Jean-Michel Blanquer leur rapport intitulé « Mission Territoires et Réussite ». Ce rapport, commandé en octobre 2018, était attendu pour le premier trimestre 2019. La mission propose une réforme visant à « conforter l’éducation prioritaire et à revoir la politique territoriale ».

La mission préconise de conserver une éducation prioritaire nationale exclusivement pour les écoles et établissements REP+. La territorialisation de l’éducation nationale, que nous combattons, s’accentuerait par le développement à l’échelle académique de l’ensemble des autres politiques de priorisation territoriale.

La mission propose de créer une « politique de priorisation académique » qui concernerait certaines écoles et certains collèges actuellement REP, certains établissements ruraux ou en situation d’éloignement. Les lycées et les lycées professionnels relèveraient également de la politique académique. Des établissements actuellement REP pourraient ne pas faire l’objet de cette priorisation académique et être déclassés. Les lycées et lycées professionnels qui relevaient précédemment de l’éducation prioritaire n’ont aucune garantie de bénéficier de cette priorisation académique. La politique de priorisation pourra fluctuer au gré des Recteurs. Cette proposition est totalement inacceptable pour le SIES.

La première mesure du rapport consiste à « reconduire à l’identique la carte nationale des réseaux d’éducation prioritaire renforcée REP+ jusqu’en 2022 ».

La mission préconise également d’adosser la troisième tranche de revalorisation de la prime REP+ qui doit être attribuée à la rentrée scolaire 2020 (voir ici) « à l’élaboration d’un projet de formation continue alimenté par une démarche de recherche-action centrée sur la difficulté scolaire et la participation aux modules de formation à la difficulté sociale et scolaire induits hors temps scolaire ». Si cette mesure scandaleuse était retenue, l’administration pourrait notamment s’appuyer sur le décret n° 2019-935 du 6 septembre 2019 qui permet désormais d’imposer aux professeurs, par année scolaire, cinq journées de formation (voir ici) pendant les périodes de vacance des classes. L’administration pourrait ajouter d’autres journées de formation pour les professeurs affectés en REP+.

« Hors réseaux REP+ pour lesquels les mesures demeureraient prescrites nationalement, la mission préconise que les académies puissent recourir à l’ensemble des outils de priorisation afin de les appliquer en totalité ou partiellement selon les contextes : non seulement les dotations en postes ou en DHG ainsi que les bonifications en termes de mobilité intra-académique, mais également les bonifications de carrière, les bonifications indemnitaires, le classement des établissements ainsi que les possibilités d’expérimentations organisationnelles. La mission estime que les bonifications indemnitaires devraient être prioritairement réservées à des postes connaissant des problèmes structurels de recrutement et d’affectation, notamment ceux éloignés des réseaux de transports et/ou induisant des services partagés. »

Le rapport préconise la suppression de l’indemnité REP, ce que nous refusons catégoriquement, et de « redéployer progressivement les moyens indemnitaires pour financer une prime d’installation pour les postes non attractifs à occuper sur une durée minimale ». « Hors politique indemnitaire de la REP+ normée nationalement, la mission préconise que les académies puissent concentrer leurs marges indemnitaires au bénéfice des postes recensés comme non attractifs géographiquement. Il s’agirait de substituer à l’actuel dispositif indemnitaire de la REP, un dispositif finançant, par exemple, une prime d’installation pour l’affectation à titre définitif sur ces postes non attractifs. »

On ne peut que se féliciter que les établissements situés en milieux rural et confrontés à des difficultés soient enfin pris en compte après avoir été scandaleusement écartés de la précédente réforme de l’éducation prioritaire. Mais nous souhaitons qu’ils le soient dans le cadre d’un élargissement de l’éducation prioritaire. Nous refusons d’opposer ruralité et éducation prioritaire et la logique de redéploiement de moyens préconisée par la mission.

Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’il repoussait à la rentrée 2021 la réforme de la carte de l’éducation prioritaire qui était initialement prévue pour 2020. Se voulant rassurant, le ministre déclare que ce rapport constitue « non pas un aboutissement de la réflexion mais un début » et veut « faire vivre le débat d’idées dans le cadre de la concertation ». Les plus lucides se souviendront que le précédent rapport de Pierre Mathiot « Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles » remis en janvier 2018 avait très largement inspiré la catastrophique réforme du lycée et du baccalauréat imposée aux professeurs contre l’avis de la majorité de leurs syndicats. La profession doit donc être prête à se mobiliser contre la future réforme de l’éducation prioritaire si certaines des préconisations du rapport devaient être retenues.

 

Lire également : Education prioritaire : Etat des différentes indemnités versées.

 


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