La réforme du lycée et du baccalauréat :

une énième entreprise de démolition.

décembre 2021

 

« C’est curieux, chez les ministres, ce besoin de réformer l’Éducation nationale » pourrait-on parodier Michel Audiard et les Tontons flingueurs … L’Éducation nationale est bien cette institution continuellement réformée depuis quarante ans par les ministres successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche, ministres qui veulent marquer de leur empreinte ce ministère réputé ingouvernable.

La dernière de ces réformes, celle de 2019, continue le travail de sape entrepris par celle de 2010 qui avait mis à mal l’enseignement au lycée, réduisant drastiquement les heures attribuées aux disciplines, introduisant des matières nouvelles et des cours d’un nouveau genre dans lesquels le numérique avait de plus en plus d’importance et offrant aux parents d’élèves de plus en plus d’influence dans les différentes instances lycéennes.

La réforme de 2019, dite réforme Blanquer, du nom du ministre qui avait pourtant promis qu’aucune réforme ne porterait son nom, s’est attaquée au lycée général et technologique mais aussi, et peut-être surtout, au lycée professionnel. Désormais, les classes n’existent plus, dans le premier, que pour les disciplines dites du « tronc commun », les « disciplines de spécialité » et les langues étant l’objet de regroupements en fonction du choix des élèves. Le but était de briser le système des filières L, ES et S qui se recréent presque machinalement par le biais des choix de spécialités qui, au lieu de rééquilibrer des études mises à mal par la précédente réforme, les déséquilibrent davantage en autorisant l’abandon des matières scientifiques et des mathématiques en Première, par exemple. Certains élèves auront le baccalauréat sans mathématiques ou sans physique !

En outre, les 12 spécialités, comme les 14 familles de métiers dans les lycées professionnels, ne peuvent toutes exister dans tous les établissements, et le choix des élèves se trouve ainsi restreint par l’offre locale et contraint certaines familles à financer des études lointaines, avec tout ce que cela comporte de difficultés matérielles et de désagréments. Dans le même temps, les horaires impartis aux disciplines dites du « tronc commun » se voient réduits à peau de chagrin, les enseignements optionnels disparaissent peu à peu et auront, pour certains, définitivement disparu dans peu de temps par manque de moyens et, pour certains, de professeurs.

Les professeurs en lycée ne cessent de déplorer la baisse catastrophique du niveau des études proposées dans la plupart des disciplines alors que certaines spécialités, au contraire, ont des ambitions pratiquement impossibles à satisfaire avec les modalités du lycée d’aujourd’hui. La mode est aux intitulés ronflants et prétentieux qui cachent la pénurie des moyens engagés et le peu de consistance des enseignements réels, face à des programmes apparemment ambitieux concoctés par des personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe de lycée du XXIème siècle. Au nom du droit de tous à faire la même chose et de la fameuse bienveillance dont on rebat les oreilles des professeurs, par essence malveillants, comme chacun sait, on accepte tout le monde au lycée, même ceux qui n’ont rien à y faire parce qu’ils seraient mieux ailleurs, dans des systèmes différents et, le plus souvent, dans des classes moins nombreuses (la jauge est maintenant de 35 ou plus) et dans une ambiance plus adaptée à leurs difficultés, qui ne sont reconnues qu’en apparence sous la forme de PAP (programme d’accompagnement personnalisé pour lequel aucun moyen n’est accordé, tout au plus les professeurs reçoivent-ils des injonctions d’on ne sait qui pour ne pas tenir compte de l’orthographe ou de l’incapacité de prendre des notes …), de PAI (projet d’accueil individualisé), de PPS (projet personnel de scolarisation) et autres acronymes sans cesse plus nombreux qui donnent l’illusion à l’administration que quelque chose est fait pour le nombre de plus en plus grand d’élèves dits « en difficulté(s) ». La pudeur de cette appellation hypocrite est la seule façon que l’institution a trouvée pour cacher la misère et l’absence de vrai système d’enseignement adapté à tous.

Enfin, cerise sur le gâteau, la réforme du baccalauréat entérine la destruction systématique du caractère national de l’enseignement public : les épreuves du baccalauréat coûtaient trop cher, elles sont donc réduites à celle de l’EAF (épreuve anticipée de français) en Première, un écrit pour la philosophie et les deux spécialités conservées en Terminale auxquels s’ajoute le fameux grand oral qui n’a de grand que le nom. Toutes les autres disciplines sont évaluées par un « contrôle continu » dont les modalités ont été élaborées par les professeurs des établissements eux-mêmes, contraints par une administration qui n’avait pas prévu l’écueil que serait l’évaluation dans de telles conditions : cette charte du contrôle continu, entérinée par le rectorat et qui n’a aucune valeur juridique, ce qui est reconnu discrètement par la plupart des chefs d’établissement, est une nouvelle marque de l’impéritie d’un ministère qui gère l’école « au doigt mouillé », comme on dit.

Que dire, enfin, de Parcoursup, cette plateforme qui gère les vœux et les admissions des élèves dans l’enseignement supérieur ? Considéré comme un progrès par rapport à APB (admission post bac), ce système aux algorithmes à la fois nationaux et locaux, abscons voire mystérieux, n’en finit pas de faire parler de lui tant les erreurs et les contestations qu’il entraîne sont nombreuses, tant les choix qui découlent de son action peuvent sembler injustes voire iniques. 

 

Anne-Marie CHAZAL - Professeur de lettres classiques, Membre du Bureau du SIES


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