Revalorisation des personnels : point d’étape au 13 octobre.

 

Alors que le ministre de l’Education nationale annonçait, il y quelques mois à peine, que 10 milliards d’euros seraient consacrés sur 15 ans à la revalorisation des carrières des 900.000 professeurs et CPE, seulement 400 millions d’euros seront finalement alloués à cet objectif pour l’année 2021. Il n’est plus question d’un plan pluriannuel de revalorisation, du moins de façon concrète.

En préambule de la présentation de son projet de revalorisation pour 2021, le ministère rappelle qu’il « engage en 2021 une évolution profonde des métiers des personnels de l’Education nationale ». Cela rappelle la funeste loi de « refondation » du ministre Vincent Peillon qui a induit les catastrophiques réformes de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Une nouvelle dénaturation du métier de professeur et une volonté d’augmenter leur charge de travail s’inscrivent en filigrane des annonces ministérielles.

 

Le ministère envisage de répartir ces 400 millions d’euros entre quatre dispositifs.

 

Une prime d’attractivité réservée aux personnels en début de carrière qui entrerait en vigueur en mai 2021. L’enveloppe représente 173 millions d’euros. Il ne s’agit malheureusement pas d’une modification de la grille indiciaire des différents corps de professeurs et des CPE. Nous n’avons aucune visibilité sur l’hypothétique extension de cette prime aux personnels en milieu et en fin de carrière, puisque qu’une loi de programmation pluriannuelle n’est plus à l’ordre du jour. Le ministère propose quatre scénarios consistant à attribuer la prime aux titulaires durant leurs 9, 12, 15 ou 18 premières années de carrière. Quel que soit le scénario, les professeurs et les CPE aux derniers échelons de la classe normale, à la hors classe ou à la classe exceptionnelle, sont donc privés de cette prime et de toute revalorisation. Dans le premier scénario, la prime est identique pour les différents corps. Dans les trois autres scénarios, le montant de la prime est plus élevé pour les professeurs des écoles que pour les professeurs certifiés et assimilés (EPS, PLP, CPE) et moins élevé pour les professeurs agrégés. Plus l’échelon est élevé, moins le montant de la prime est important. Le scénario 1 aurait pour conséquence de transformer l’actuelle progression « en escalier » du traitement des professeurs et CPE en un « plateau » de 9 années où le traitement, certes légèrement plus élevé, serait maintenu à un seuil identique malgré l’avancement d’échelon. Les trois autres scénarios conduiraient à minimiser l’effet financier découlant de chaque changement d’échelon. Dans le scénario 1, la prime mensuelle pourrait atteindre une centaine d’euros net pour le 2ème échelon et une soixantaine d’euros net pour le 5ème échelon. Dans les scénarios 2 et 3, la prime mensuelle serait d’une vingtaine d’euros net pour un agrégé au 6ème ou au 7ème échelon. Dans le scénario 4, la prime mensuelle serait de quelques euros net pour un certifié au 8ème échelon. Il s’agit de sommes dérisoires qui sont très loin de compenser la perte de pouvoir d’achat découlant notamment d’une décennie de gel de la valeur du point d’indice ou de revalorisations misérables.

 

Une prime d’équipement informatique de 150 euros net annuels pour chaque professeur, indépendamment de son corps, de son grade, de son échelon et de sa quotité de service (temps plein ou temps partiel). Les professeurs contractuels en CDI ou en CDD d’un an bénéficieraient également de cette prime. Les CPE seraient en revanche exclus du bénéfice de cette prime d’équipement. La prime serait pérenne et attribuée sous la forme d’un versement unique chaque début d’année. L’enveloppe représente 178 millions d’euros. Le SIES considère que la question de la prise en charge de l’équipement informatique des personnels doit être dissociée de celle de leur niveau de vie et que l’attribution d’une prime d’équipement ne constitue pas une revalorisation. Le ministère indique que cette aide à l’acquisition et au fonctionnement du matériel informatique s’inscrit « dans un contexte d’évolution des pratiques pédagogiques ». Il faut redouter que la Boîte de Pandore n’ait été ouverte et que la contrepartie de cette prime se traduise par une mise sous surveillance, une corvéabilité accrue, une augmentation du temps de travail à domicile, une obligation « d’innover pédagogiquement » en mettant en pratique les derniers gadgets pédagogiques à la mode. Au final, il est à craindre que cette prime ne serve insidieusement de levier pour accompagner, voire imposer, « l’évolution profonde des métiers des personnels de l’Education nationale » et ainsi servir à peu de frais les desseins du ministre.

 

Des mesures catégorielles (augmentation des directeurs d’école, revalorisation des personnels de direction) à hauteur de 45 millions d’euros.

 

● Une élévation du taux annuel de promotion à la hors classe qui pourrait être porté à 18 % contre 17 % actuellement. 4 millions d’euros seraient consacrés à cette mesure. Cela représenterait environ 2000 promotions supplémentaires à répartir entre les quatre corps de professeurs du second degré, les professeurs des écoles, les CPE et les PsyEN (soit au total plus de 200.000 promouvables). A titre d’illustrations, il y aurait environ 493 promotions de plus pour le corps pléthorique des professeurs certifiés et 65 promotions de plus pour le corps des professeurs d’EPS, à répartir entre les 31 académies, les TOM et les professeurs affectés hors académie (29ème base). Si l’annonce de cette augmentation du taux de promotion constitue dans l’absolu une bonne nouvelle, ses effets seront cependant peu perceptibles pour les différents corps dans chaque académie.

 

Si d’autres syndicats accueillent positivement les annonces du ministère ou estiment qu’elles constituent des « avancées », ce n’est pas le cas du SIES qui considère qu’il s’agit d’une nouvelle entourloupe.

Pour compenser les effets du scandaleux déclassement social, que le SIES ne cesse de dénoncer, dont sont victimes les professeurs et les autres personnels de l’Education nationale et mettre un terme à l’inadmissible diminution de leur niveau de vie, le SIES revendique :

- une augmentation substantielle de la valeur du point d’indice qui bénéficierait à tous les personnels, quelle que soit leur catégorie, quel que soit leur corps, leur grade ou leur échelon ;

- une réelle revalorisation à mettre en perspective avec la moyenne des pays membres de l’OCDE des trois grades et de tous les échelons de la grille indiciaire des professeurs agrégés, des trois grades et de tous les échelons de la grille indiciaire des professeurs certifiés et assimilés (EPS, PLP, professeurs des écoles, CPE) et des échelons de la grille indiciaire des professeurs de chaire supérieure.

 

Le SIES vous informera des arbitrages ministériels qui devraient être rendus en novembre.

 

Jean-Baptiste VERNEUIL - Président du SIES

 

Lire également l'article : Protocole sanitaire : la pensée magique ministérielle.

 

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