Des projets gouvernementaux indignes et indécents

qui doivent être combattus avec la dernière énergie. 

Le 9 octobre 2019

 

Pas une semaine ne s’écoule désormais sans que l’on apprenne le suicide de collègues, sans que l’on découvre sur les réseaux sociaux des images de professeurs insultés, menacés, voire roués de coups par des élèves ou des parents. Abandonnés, voire trahis par leur hiérarchie, les professeurs sont livrés en pâture à des « usagers » forts de leurs prétendus « droits » accordés par une succession de ministres démagogues. Les cas de burn-out se multiplient tant la charge de travail découlant des réformes successives est importante et parfois insurmontable. Lorsque l’indigente médecine de prévention de l’éducation nationale rédige enfin des préconisations d’adaptation d’emploi du temps pour atténuer les souffrances des professeurs malades, une partie des chefs d’établissement n’en tient pas compte, parfois avec grand mépris. Des personnels de direction et des inspecteurs pédagogiques s’acharnent sur les professeurs qui n’appliquent pas à la lettre les ineptes directives pédagogiques du moment et qui ont le malheur de transmettre des savoirs et des savoir-faire aux élèves dont ils ont la charge au lieu de participer avec « bienveillance », au sein de la « communauté éducative », à la « désinstruction nationale » et à la « coéducation ». Le pédagogisme qui gangrène l’Ecole Républicaine depuis des décennies fait autant de dégâts sur la santé des professeurs que sur le niveau d’instruction des élèves et de la Nation.

Dans ce contexte, les propositions du gouvernement au sujet de la modification des statuts des professeurs et de la réforme des retraites sont particulièrement indignes et indécentes. Le Président de la République et son gouvernement incitent les français à se jalouser mutuellement et à dénoncer les prétendus avantages des autres en comparant des choses qui ne sont pas comparables. La réforme conduisant à la mise en place d’une « retraite à points » préparée derrière cet écran de fumée aboutira pourtant à ce que TOUS SOIENT PERDANTS.

Actuellement, pour les fonctionnaires, le pacte est clair, chacun peut connaître le montant de sa pension civile qui ne dépend que de deux paramètres, le nombre de trimestres acquis et l’indice détenu durant les six mois précédant le départ en retraite. C’est le principe de la carrière des fonctionnaires : le traitement en début de carrière n’est pas très élevé, il augmente régulièrement tout au long de la carrière, mais seul l’échelon détenu durant les six derniers mois est pris en compte dans le calcul pour déterminer le montant de la pension civile. Ainsi, chacun peut estimer précisément l’effet de sa progression de carrière (promotions d’échelon et de grade) sur le montant de sa future pension civile en se référant à la grille indiciaire du corps auquel il appartient. Inutile d’entrer dans une longue démonstration mathématique pour comprendre que la pension d’un professeur ou d’un CPE, calculée sur la totalité des points acquis durant sa carrière, dont la plus grande partie se déroule à la classe normale, sera nettement inférieure à celle calculée actuellement à partir de l’indice attaché à l’échelon détenu durant les six derniers mois de sa carrière, lorsqu’il est à la hors classe ou à la classe exceptionnelle. Professeurs et CPE, percevant peu de primes, seront doublement pénalisés par une « retraite à points » (perte de 500 à 1000 euros par mois selon les cas).

Par ailleurs, la valeur du point pourra être modifiée à volonté en fonction de la situation économique et démographique du pays et entrainer ainsi la diminution des pensions civiles. Véritable bonneteau, la valeur du point ne serait connue qu’au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Nous refusons la future vie professionnelle et familiale qu’ils veulent nous imposer, faite de précarité, d’angoisse, et d’incertitude permanente quant à la valeur du point au moment de faire valoir ses droits à la retraite.

Les déclarations du Président de la République et du Ministre de l’Education Nationale ont le mérite d’être claires : les professeurs compteront parmi les professions les plus lésées par leur réforme des retraites ; seule une revalorisation importante de leur traitement permettrait de maintenir le montant de leur pension civile ; mais le gouvernement indique ne pas avoir les finances pour revaloriser les traitements du million de professeurs, puisqu’il faudrait des milliards d’euros.

L’objectif du gouvernement est bien de paupériser les retraités, actuels et futurs, tout en contraignant les actifs à travailler davantage et plus longtemps, sans revalorisation.

Le SIES rejette en bloc ce projet de réforme des retraites et réaffirme son attachement indéfectible au mode de calcul de la pension civile à partir de l’indice détenu durant les six derniers mois de la carrière. Le SIES refuse de négocier une misérable revalorisation en contrepartie de la réforme des retraites voulue par le Président de la République. Le SIES revendique une augmentation substantielle de la valeur du point d’indice et une revalorisation significative des différentes grilles indiciaires sans aucune contrepartie. Le SIES refuse l’augmentation des maxima de service hebdomadaires et la diminution de la durée des vacances.

Il est difficile de croire que le recours aux traditionnelles journées de grève espacées de plusieurs semaines sera de nature à faire reculer un gouvernement cynique et déterminé à détruire toutes les protections mises en place après la seconde guerre mondiale. Seule la construction d’une mobilisation de la profession qui soit à la hauteur des enjeux permettra de défendre le Code des Pensions Civiles et Militaires de retraite. Une grève reconductible, dans un cadre interprofessionnel, se profile. Aucun gouvernement n’y résisterait, à la condition que la mobilisation soit générale, ce qui implique que chacun comprenne tout ce qu’il a à perdre et ce que ses enfants perdront si cette réforme s’applique.

Jean Baptiste VERNEUIL - Président du SIES

 


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